Le fond géochimique va bousculer la notion de terres inertes dans le BTP

Le fond géochimique va bousculer la notion de terres inertes dans le BTP

Après plus de 10 ans d’attente, le fond géochimique territorial francilien et normand va enfin voir le jour. GEOBAPA, c’est l’alliance d’une start-up innovante de l’économie circulaire avec deux bureaux d’études experts en sites et sols pollués et en géostatistique. Le tout impulsé par une politique de soutien ambitieuse de l’ADEME. Un projet scientifique pour une ambition forte : augmenter le taux de valorisation des terres excavées dans le BTP. Ou comment des acteurs privés peuvent se saisir d’un enjeu scientifique et sectoriel de taille…

Lauréat de l’Appel à Manifestation d’Intérêt 2015-2020 « Transition écologique et valorisation économique » dans le cadre du contrat de Plan Interrégional Etat-Régions (CPIER) Vallée de la Seine, le projet GEOBAPA a été lancé la semaine dernière par des partenaires privés et institutionnels. L’association de l’Etat, de l’ADEME et des régions Ile-de-France et Normandie permet le financement de ce projet ambitieux et très attendu. En élaborant un référentiel de bruit de fond géochimique territorial pour les régions Ile-de-France et Normandie, GEOBAPA permettra en effet au secteur du BTP de se rapprocher de ses objectifs de valorisation des déchets. Le défi? Favoriser le réemploi des terres excavées sur les chantiers.

 

Une encombrante histoire de déchets pour le BTP

 

Les enjeux sont en effet importants : avec une production annuelle de 28 millions de tonnes de déchets, le secteur du BTP francilien émet 5 fois plus que la production de déchets ménagers. Seuls 25% de cette production sont actuellement recyclés. En Haute Normandie, on estime une production annuelle de déchets de terrassement de 8 millions de tonnes par an. Tandis que dans le seul département de l’Orne, en Basse Normandie, le BTP produit 193 000 tonnes annuellement. Les travaux générés par le Grand Paris excaveront 43 millions de tonnes de terres entre 2014 et 2026, soit une augmentation de 10 à 20% de la production annuelle moyenne francilienne. Ces chiffres font craindre une saturation des capacités de stockage des deux régions dès 2020.

 

Le réemploi des terres excavées limité

 

Oui mais voilà : face à ce constat alarmant, les acteurs de l’aménagement sont confrontés à un vide règlementaire qui empêche de prendre le virage de l’économie circulaire. Or la loi de transition énergétique a fixé un cap de 70% de valorisation des déchets du BTP. Un objectif dont le secteur est encore loin… En l’absence de règlementation et de seuils de référence encadrant la réutilisation hors site et les échanges de terres inter chantiers, l’identification des potentiels de réutilisation de terres  reste en effet limitée. Car elle nécessiterait la réalisation d’études coûteuses au cas par cas et sans garantie de résultat. Et la démarché fait encore peser une forte responsabilité sur les acteurs concernés par ces échanges.

 

« Terres inertes » et inertie du secteur  

 

Dans les faits : une partie de la profession utilise le critère de « terres inertes » pour faire du réemploi bien que celui-ci ne soit adapté qu’aux filières d’éliminations des terres en ISDI*, et non à la valorisation. Conséquences ? Des risques sanitaires et environnementaux en cas de réutilisation hors site sur la base de ce critère. Mais aussi des opportunités de réemploi de terres naturelles non inertes perdues. En cause? Une méconnaissance des teneurs existantes dans les sols du Bassin Parisien.

 

« Dans 3 ans, on ne parlera plus de terres inertes»

 

Un fond géochimique pour identifier les opportunités de réemploi des terres

 

Le projet GEOBAPA entend alors mettre au point un outil solide faisant référence en matière de teneurs habituelles dans les sols franciliens et normands. L’étude prendra en compte les concentrations d’origine naturelle et celles issues de pollutions diffuses. En établissant un fond géochimique interrégional, le projet a pour objectif de définir des gammes de valeurs de référence. L’objectif? Faciliter l’identification des possibilités de réemploi des terres hors site au niveau régional.

 

Fédérer et mobiliser

 

« Dans 3 ans, on ne parlera plus de terres inertes. » C’est l’ambition partagée de ce projet scientifique qui devrait générer des opportunités de valorisation des terres. La première phase du projet GEOBAPA, d’une durée de un an, aboutira à une méthodologie d’élaboration du bruit de fond. Porté par SOLTRACING, BG Ingénieurs Conseils et GEOVARIANCES, le projet a pour vocation de fédérer les acteurs du BTP. Il est également appuyé par l’expertise technique du BRGM. Maîtres d’ouvrage et aménageurs publics et privés notamment se mobilisent pour accélérer la structuration d’une nouvelle filière d’économie circulaire. L’ADEME, les régions Ile-de-France et Normandie et le Ministère en charge de l’Environnement soutiennent déjà cette initiative. Elle s’annonce en effet déterminante pour le réemploi des terres excavées par le BTP.

N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez contribuez au projet GEOBAPA.

Contact: Coline Eychène, cheffe de projet, c.eychene@soltracing.fr

————————————————————————

Porteurs du projet

 

SOLTRACING, acteur spécialisé de l’économie circulaire proposant une solution de traçabilité complète des mouvements de terres excavées. SOLTRACING permet leur valorisation hors site via un référentiel de compatibilité environnementale, notamment pour les terres en provenance de terrains non suspects de pollution;

BG Ingénieurs Conseils, bureau d’études spécialisé en Environnement et Sites Pollués. BG apporte son expertise dans le cadre de grands projets franciliens générateurs de déblais;

 

GEOVARIANCES, spécialiste en traitement statistique de données et en géostatistiques. Les applications se déclinent dans de nombreux domaines, notamment la caractérisation des sites et sols pollués.

 

Partenaires et soutiens

————————————————————————–

Notes – ISDI* : Installations de Stockage des Déchets Inertes

Sources: